Sur l'affection de la vie

Mon Dieu, que la lumière est belle,
Mais on n'en voit qu'une étincelle ;
On n'est pas sorti du berceau
Que l'on court à la sépulture :
Que les froides nuits du tombeau
Font d'outrages à la nature !

De toutes ces beautés célestes,
Voyez les misérables restes,
Dans ce lit commun des humains
Où Dieu veut que toujours on dorme,
Ces beaux yeux et ces belles mains
N'ont plus ni mouvement ni forme.

Hommes illustres en vos âges,
Habitants de ces noirs rivages,
Pâles ombres de l'Achéron,
Corps de fumée, images sombres,
Lorsque vous êtes chez Charon,
À grand-peine êtes-vous des ombres.

Quelle injustice, quelle injure,
Quelle indignité de nature !
L'être du plus homme de bien
N'est qu'un peu de cire allumée,
Dont le trépas ne laisse rien
Qu'un peu de cendre et de fumée.

De tous les maux de cette vie,
La pauvreté, la maladie,
Rien ne me peut faire frémir
Que l'horreur de la sépulture,
Mais quand il me faudra périr,
Périsse avec moi la nature.

J'aime cet empereur de Rome,
Qui, se tuant en galant homme,
Eût voulu du même couteau
Dont il se fit plaie profonde,
Faisant de sa main son tombeau,
Le faire aussi de tout le monde.

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